MARC RAFFINOT

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mercredi 10 août 2016

Encore un effort pour en finir avec les ODD !

Encore un effort pour en finir avec les ODD !

Après 15 ans d’Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), le système des Nations Unies s’est engagé pour les quinze prochaines années à poursuivre des objectifs pour le développement durable (ODD). Les OMD étaient focalisés sur les aspects sociaux du développement, les ODD comprennent à peu près tous les secteurs imaginables.

Les OMD avaient été critiqués parce qu’ils présentaient l’Afrique sous un jour défavorable (c’est le continent le plus éloigné des objectifs fixés, et qui aurait le plus de mal à les atteindre compte tenu de la référence fixée en 1990, comme le notait William Easterly .) De ce fait, les résultats étaient connus d’avance (les OMD seraient atteints globalement, mais pas en Afrique), ce qui n’est pas très motivant. De plus, en pratique, le fait de désigner des priorités (essentiellement la santé et l’éducation) aux agences d’aide au développement s’est traduit par un financement parfois excessif de ces secteurs, source de gaspillages. L’ultra simplification des indicateurs retenus pour des raisons essentiellement médiatiques a même parfois eu pour conséquence de faire passer au second plan des programmes internationaux mieux conçus, car tenant compte de toutes les dimensions du problème (par exemple la quantité et la qualité de l’éducation) . Enfin, l’idée que les mêmes objectifs soient pertinents pour tous les pays n’aide pas vraiment à construire des stratégies bien adaptées à chaque cas. Par exemple, l’objectif d’un taux de scolarisation dans le primaire de 100 % n’a pas de sens pour des pays comme la Tunisie, où il est atteint depuis longtemps. Dans les autres pays, il concentre l’attention et les financements sur un ordre d’éducation important en soi, mais qui n'est pas le plus porteur pour le développement s’il n’est pas intégré dans une réflexion globale sur le système éducatif et le marché de l’emploi dans leur ensemble (que font les élèves qui sont terminé le primaire s’ils n’ont ni emploi ni accès au secondaire ?).

Les ODD 2015-2030 évitent ce genre de problème, puisqu’aucune priorité n’apparaît. Les rédacteurs des ODD semblent au contraire n’avoir voulu n’oublier aucun domaine ni personne. La rançon de ce type d’approche (qualifiée de « participative »), est que le nombre d’ODD a été porté à 17, avec 178 cibles/indicateurs, dont certains doivent être adaptés aux réalités nationales. Les ODD sont ainsi devenus illisibles. De ce fait, la « fatigue des OMD » (bien sensible malgré le battage médiatique) devrait s’accélérer. Pourtant, les ODD présentent au moins un avantage, qui est de faire figurer dans une liste « consensuelle » des aspects qui, précisément, ne le sont pas vraiment, comme l’égalité des sexes ou la lutte contre le changement climatique.

Il reste cependant un risque que les ODD accaparent une partie importante des efforts en matière de développement. En effet, le suivi des OMD avait déjà mobilisé de manière excessive les administrations des pays en développement, et même des ONGs et de la « société civile » en général – qui le sont déjà bien assez par les bailleurs de fonds extérieurs. Les rapports, les réunions, les missions à l’extérieur et les grandes messes médiatiques ont fait perdre beaucoup de temps (en mobilisant consultants et fonctionnaires grâce aux distributions de per-diems), sans avancée notable en termes de développement par rapport aux tendances antérieures. Au contraire, le fait que l’Afrique ait « échoué » à réaliser les OMD a contribué à masquer les progrès réalisés, notamment en termes d’éducation, d’égalité des sexes ou de mortalité infantile.

Oublier (au moins un peu) les ODD permettrait aux citoyens et aux administrations des pays en développement de réfléchir de manière autonome à leurs vraies priorités et à leurs propres stratégies, de manière pragmatique et en libérant les initiatives locales. Le moment est favorable, puisqu’après tant d’échecs un quasi-consensus a été péniblement réalisé sur l’idée qu’il n’existe pas de recette miracle en matière de développement, valable tout le temps et pour tous les pays.

Même si on ne peut pas oublier totalement les ODD, il faudrait essayer d’éviter les dérives les plus consommatrices de temps, comme les exercices de « costing » si prisés par le système des Nations Unies. Calculer le coût pour atteindre des objectifs spécifiques n’a pas de sens si l’on ne prend pas en compte la contrainte budgétaire globale et les objectifs dans tous les domaines, y compris ceux qui auraient été peu valorisés dans les ODD (comme la sécurité). Les ODD ne doivent pas réduire les efforts pour réaliser des Cadres de dépenses à moyen terme opérationnels (c’est-à-dire ayant une influence réelle sur l’élaboration des budgets annuels).

Il faudrait également que la mode des indicateurs de performances dans tous les domaines, véhiculée par les ODD (mais pas seulement, les budgets par objectifs vont dans le même sens) n’occultent pas les finalités véritables de l’action publique. Il est en effet pratiquement impossible de définir des indicateurs qui traduisent sans ambiguïté les buts que l’on vise, tout en conduisant à une action publique efficiente.

Il faudrait enfin éviter que la paresse bureaucratique ne conduise à fixer des objectifs « à 100% ». Même s’il s’agit souvent de cibles à caractère symbolique, il est important de bien tenir compte des coûts marginaux qui croissent souvent rapidement lorsqu’on cherche à étendre un service public à l’ensemble de la population (par exemple en termes de vaccination, d’éducation, d’infrastructures). Si on le fait pour des raisons d’inclusion sociale, il faut aussi en peser soigneusement le coût et réfléchir sur les alternatives techniques disponibles.

Marc Raffinot, 10/8/2016

jeudi 29 janvier 2015

Economie du développement : un manuel qui vient de sortir

J'ai le plaisir de vous annoncer la parution chez Dunod de mon nouvel ouvrage, un manuel d'économie du développement.

L'économie du développement s'intéressant désormais à un nombre grandissant de thématiques, il devient de plus en plus difficile de synthétiser l'ensemble des recherches pertinentes, surtout en 250 pages.

Ce manuel fait le choix de présenter les instruments d'analyse (aussi bien au niveau macro que micro) et les questions les plus transversales, comme les migrations (inter-sectorielles ou internationales), le rôle des institutions, etc.

Voici le lien pour la présentation de mon ouvrage :

http://www.dunod.com/entreprise-economie/economie-et-sciences-politiques/autres-livres-deconomie/master-et-doctorat/economie-du-developpement

lundi 7 janvier 2013

Cadres budgétaires à moyen terme : un instrument utile ?

Les organismes internationaux ont cherché depuis une décennie à imposer l'élaboration de cadres budgétaires à moyen terme (CBMT) et/ou de cadres de dépenses à moyen terme (CDMT) aux pays à faible revenu. Parfois, c'est dans le cadre de prêts sectoriels que des CDMT ont été demandés, ce qui s'est révélé peu pertinent faute d'une prise en compte de la contrainte budgétaire, comme nous l'avons soutenu dans un article écrit avec Boris Samuel (http://www.insee.fr/fr/insee-statistique-publique/connaitre/stateco/stateco100/stec100l.pdf).Dans ce cas, les ministères sectoriels sont poussés à demander le maximum, ce qui se révèle ingérable.

Depuis, l'accent a été mis justement sur cette contrainte intertemporelle de l'Etat, ce qui a conduit à se préoccuper des CBMT (en anglais MTFFs pour Medium Term Fiscal Framework). Cette approche s'est montrée efficace pour certains pays à revenu intermédiaire comme l'Afrique du Sud (voir le site du Ministère des Finances de ce pays). Dans les pays à faible revenu qui manquent de visibilité (notamment en ce qui concerne les financements extérieurs), il n'est pas sûr qu'une démarche similaire puisse se traduire par une amélioration sensible de la gestion macroéconomique.

C'est ce que suggère le document ci-joint qui porte sur les cas du Mali et du Burkina Faso. Il a été réalisé en fin 2011 dans le cadre d'une étude coordonnée par Perran Penrose, qui comprenait de nombreuses autres études de cas (Afrique du Sud, Mozambique, Vietnam, etc.). Cette étude montre notamment que la durée de 3 ans généralement utilisée est à la fois trop longue (les deuxièmes et troisièmes années doivent être reprises chaque année en raison de l'instabilité de ces économies), et trop courtes, car le CBMT devrait permettre d'éclairer le moyen terme (qui est plus facile à prévoir que le court terme, paradoxalement). Allonger la durée permettrait de prendre en compte les tendances lourdes démographiques et de construction d'infrastructures. Par ailleurs, dans les deux pays étudiés, la contribution du CBMT à la stabilité du cadre macroéconomique est assez limitée, car les projections de service de la dette ne sont pas liées au besoin de financement.

En tous cas, il est clair que la tendance qui consiste à faire du CDMT un document extrêmement détaillé, comprenant le détail des lignes budgétaires, ne peut conduire qu'à une impasse. Plusieurs modèles de ce type ont été construits récemment, notamment en Afrique équatoriale, sans démontrer une efficacité quelconque. Cette tentative de faire des CDMT une sorte de Gosplan ne peut déboucher que sur une énorme perte de temps et de ressources.

samedi 26 novembre 2011

Politique économique en Afrique

En 1993, Pierre Jacquemot et moi avons publié un ouvrage intitulé "Les nouvelles politiques économiques en Afrique". L'idée était de faire le tour des politiques économiques, aussi bien macroéconomiques (croissance, finances publiques, politique monétaire) que sectorielles (éducation, santé) ou transversales (gouvernance), sans oublier les questions liées à la démographie et à l'urbanisation.

Cet ouvrage étant indisponible, nous le mettons à la disposition d'une nouvelle génération de lecteurs. Bien sûr, certains passages sont obsolètes (il n'était pas encore question de réductions de dette, par exemple), mais nous pensons que ce texte peut permettre de mesurer la façon dont les problèmes étaient abordés, et le chemin parcouru depuis. L'ouvrage complet est téléchargeable dans l'annexe de ce billet.

mardi 19 avril 2011

Un nouveau blog : macroéconomie appliquée pour les pays en développement

Bonjour !

Ce blog est destiné à mettre à la disposition des internautes certaines publications impossibles à trouver ou encore des documents pédagogiques dans le domaine de la macroéconomie appliquée aux pays en développement (modélisation à court et long terme). Par exemple, la page "Cadrages macroéconomiques" contient un document de présentation des principaux documents utilisés par le FMI pour la programmation financière (Tableau des Opérations Financières de L’État, Balance des paiements, Situation monétaire et Équilibre Ressources-Emplois en Biens et services).

Cordialement,

Marc Raffinot

lundi 18 avril 2011

Des documents sur la dette du Liban et sur l'aide française au développement

Deux documents :

Un sur la soutenabilité de la dette du Liban (en 2005), avant le choc de la guerre avec Israël, co-écrit avec Hassan Ayoub

Un sur l'aide française avant les grandes réformes (avec une analyse des déterminants de l'aide, qui ne sont pas tout à fait ce que j'avais imaginé) :