Les organismes internationaux ont cherché depuis une décennie à imposer l'élaboration de cadres budgétaires à moyen terme (CBMT) et/ou de cadres de dépenses à moyen terme (CDMT) aux pays à faible revenu. Parfois, c'est dans le cadre de prêts sectoriels que des CDMT ont été demandés, ce qui s'est révélé peu pertinent faute d'une prise en compte de la contrainte budgétaire, comme nous l'avons soutenu dans un article écrit avec Boris Samuel (http://www.insee.fr/fr/insee-statistique-publique/connaitre/stateco/stateco100/stec100l.pdf).Dans ce cas, les ministères sectoriels sont poussés à demander le maximum, ce qui se révèle ingérable.

Depuis, l'accent a été mis justement sur cette contrainte intertemporelle de l'Etat, ce qui a conduit à se préoccuper des CBMT (en anglais MTFFs pour Medium Term Fiscal Framework). Cette approche s'est montrée efficace pour certains pays à revenu intermédiaire comme l'Afrique du Sud (voir le site du Ministère des Finances de ce pays). Dans les pays à faible revenu qui manquent de visibilité (notamment en ce qui concerne les financements extérieurs), il n'est pas sûr qu'une démarche similaire puisse se traduire par une amélioration sensible de la gestion macroéconomique.

C'est ce que suggère le document ci-joint qui porte sur les cas du Mali et du Burkina Faso. Il a été réalisé en fin 2011 dans le cadre d'une étude coordonnée par Perran Penrose, qui comprenait de nombreuses autres études de cas (Afrique du Sud, Mozambique, Vietnam, etc.). Cette étude montre notamment que la durée de 3 ans généralement utilisée est à la fois trop longue (les deuxièmes et troisièmes années doivent être reprises chaque année en raison de l'instabilité de ces économies), et trop courtes, car le CBMT devrait permettre d'éclairer le moyen terme (qui est plus facile à prévoir que le court terme, paradoxalement). Allonger la durée permettrait de prendre en compte les tendances lourdes démographiques et de construction d'infrastructures. Par ailleurs, dans les deux pays étudiés, la contribution du CBMT à la stabilité du cadre macroéconomique est assez limitée, car les projections de service de la dette ne sont pas liées au besoin de financement.

En tous cas, il est clair que la tendance qui consiste à faire du CDMT un document extrêmement détaillé, comprenant le détail des lignes budgétaires, ne peut conduire qu'à une impasse. Plusieurs modèles de ce type ont été construits récemment, notamment en Afrique équatoriale, sans démontrer une efficacité quelconque. Cette tentative de faire des CDMT une sorte de Gosplan ne peut déboucher que sur une énorme perte de temps et de ressources.